Mon réel à Montréal
Pourquoi, lors de son passage cet automne à la Cinémathèque québécoise, le grand Raymond Depardon a-t-il parlé de Montréal « capitale du documentaire » ? On oublie trop souvent qu’un chapitre majeur de l’histoire du direct s’est écrit ici. Aussi, rares sont les villes, sur ce continent ou ailleurs, où cohabitent un festival international, une institution de renommée mondiale et une table de concertation nationale. Cette année, les RIDM atteignent la maturité de leur douzième édition, l’Office national du film du Canada, berceau et grand producteur de documentaires, fête ses 70 ans, et l’Observatoire du documentaire (un lieu de réflexion créé par les RIDM il y a sept ans) poursuit sa démarche en tant que seul organisme au monde où se concertent tous les intervenants liés à la création et à l’épanouissement de cette forme de cinéma.
Ce n’est pas rien.
Montréal reçoit en son île depuis des générations des immigrants du monde entier. La mondialisation culturelle n’a rien de nouveau pour cette ville, tant du côté négatif, avec la fragilisation des cultures minoritaires, que du côté positif, avec le fertile métissage qui jaillit du choc des cultures.
Montréal tricentenaire bien sonnée, c’est aussi Montréal la jeune qui, à force de se réinventer, oublie son passé, rase ses vieilles pierres pour ensuite les ressusciter. Elle ne se complaît pas dans une image sclérosée.
Comme dirait Depardon, « le réel n’a rien de rassurant ». Montréal non plus; mais elle est vivante et elle s’adapte. Voilà peut-être pourquoi elle peut prétendre à être une capitale du documentaire. Parce que le cœur du réel y bat à longueur d’année, parce que l’appel du réel, en ces temps durs pour le doc, est entendu par une ville qui lui est fidèle, qui lui ressemble : originale, tonifiante, jeune dans l’âme et battante.
Artisans du réel, Montréal vous accueille !
Philippe Baylaucq, cinéaste
Président des RIDM