Leçon de cinéma: Helena Trestikova
*La leçon sera donnée en anglais
Helena Trestikova – L’observation sur le long terme
L’une des documentaristes tchèques les plus importantes, Helena Trestikova a réalisé une quarantaine de films depuis sa sortie de la FAMU, l’école de cinéma de Prague, en 1974. Elle travaille longtemps avec la télévision tchèque, qui finance notamment la série à succès Marriage Stories (1987), portraits sur sept ans de jeunes couples mariés. Les six épisodes de la série mêlent sociologie, démographie et cinéma-vérité, et rendront la cinéaste très populaire dans son pays. Ils seront suivis en 2006 d’une seconde série, Marriage Stories 20 Years Later, qui retrouve les six couples 20 ans plus tard. Les Marriage Stories révèlent la méthode de travail caractéristique de Trestikova, l’observation sur le long terme.
Durant ses années à la télévision tchèque, Trestikova démontre un intérêt pour les personnages féminins, en signant plusieurs portraits de femmes aux destins tragiques. L’actrice déchue de Lída Baarová’s Bittersweet Memories (1995), les opposantes au communisme emprisonnées de Sweet Century (1998), la victime du nazisme et du stalinisme de Hitler, Stalin and Me (2001), la survivante des camps de My Lucky Star (2004), nous racontent toutes leurs parcours personnels frappés par les idéologies totalitaires du 20e siècle.
Sa plus récente trilogie de portraits (Marcela, René, Katka), tournée à la fin des années 2000, la consacre à l’international. René se voit récompensé du prestigieux prix du Meilleur documentaire aux European Film Awards en 2008. Katka reçoit deux prix aux RIDM en 2010, dont celui du meilleur montage. Dans ces trois portraits d’exclus de la société, tournés sur plus de 10 ou même 20 ans, la réalisatrice mise plus que jamais sur la continuité dans le temps, la construction patiente des histoires, l’attente des événements qui font la signification d’une vie. Véritables chefs-d’œuvre de montage, les trois films affirment la maîtrise de la documentariste à transformer les existences banales et oubliées en récits passionnants et uniques. La trilogie met également en lumière la relation complexe de Trestikova avec ses personnages, particulièrement dans René, où la propre vie de l’auteure se trouve de plus en plus impliquée.
L’œuvre d’Helena Trestikova a récemment fait l’objet de rétrospectives dans deux festivals importants, le Festival international de cinéma indépendant de Buenos Aires (BAFICI) et le Festival documentaire de Thessalonique. Les RIDM sont fières d’être le premier festival en Amérique du Nord à lui rendre hommage, en présentant une sélection de sept films accompagnés d’une leçon de cinéma.
Charlotte Selb
Présenté grâce au soutien de la Chaire René-Malo et de l'Ambassade de la République Tchèque